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INDE – LAXMAN JHULA le 10 février 2009
INTERVIEW DE SHANTIMAYI, une américaine devenue Guru


Nous sommes reçues par le maître ShantiMayi (« mère de la paix » en sanskrit), dans l’ashram de Sacha Dham à Laxman Jhula sur les bords du Gange, près de Rishikesh au nord de l’Inde.
Des millions d’Hindous viennent ici chaque année afin d’absoudre leurs pêchés  en se baignant dans le Gange. Les villes de cette partie du fleuve sacré sont également connues pour leurs écoles de yoga et de méditation,  pour leurs lieux de retraites spirituelles et pour leur médecine ayurvédique.

ShantiMayi, vous  êtes, comme on dit en Inde, un « Guru ». Pouvez-vous expliquer aux néophytes occidentaux  que nous sommes, ce que signifie ce terme ?


Je pense que « Guru » est un terme qui est mal compris sur bien des points. Une chose est sûre, c’est que chaque enseignant en Inde est appelé « Guru ». Lorsque les enfants vont à l’école, leur enseignant est appelé Guru. Et spirituellement Guru veut aussi dire enseignant, maître.
En ce qui me concerne, je viens d’une lignée de maîtres. Lorsqu’on arrive à une certaine maturité et que l’on peut offrir sa vie aux autres d’une façon très pure, alors vos disciples vous appellent Guru.
Votre « réalisation intérieure » ne peut pas s’expliquer. Ce sont  les autres qui la voient, à travers votre façon d’être ; dès lors que vous êtes « total » avec vous-même et avec les autres.

Le mot Guru signifie : « transformer l’obscurité en lumière de sagesse ». Voilà ce que veut dire Guru en sanskrit.

Quelle a été votre vie, votre parcours depuis votre enfance, avant de devenir ShantiMayi ?

J’ai grandi dans l’Ohio, dans ce district un peu bizarre, difficile à décrire.
C’était la capitale mondiale du caoutchouc, où il y avait toutes ces énormes compagnies, telles que FIRESTONE .
J’ai vécu une vie très simple et ensuite j’ai déménagé dans l’Oregon au nord des Etats-Unis. J’ai trois enfants, quatre petits enfants et je vais être arrière grand-mère.
Ma petite fille va avoir un bébé, c’est ce que je disais au satsangh hier.
Je dirais que ma vie a été normale. Mais il y avait quelque chose de passionné en moi, qui avait besoin de s’exprimer. Quelque chose que je devais découvrir.

J’ai eu une enfance normale, rien d’exceptionnel, mais une des choses exceptionnelles dont je me souvienne durant mon enfance, c’est que la nuit, en regardant les étoiles par la fenêtre de ma chambre, j’avais déjà cette notion de l’immensité, au delà du petit endroit où je dormais.

Quelle a été votre approche spirituelle et quels maîtres avez-vous rencontrés ?
(ShantiMayi est elle-même disciple du Guru MaHaragji)


J’ai eu d’autres maîtres, un qui était un incroyable mystique américain, et un autre qui m’a initiée à l’hindouisme.
Quand je suis arrivée ici (en Inde), j’étais vraiment prête pour Maharajji.
C’était plus ici un enseignement silencieux, un travail intérieur avec peu de paroles. Nous n’apprenions pas les textes sacrés. Maharajji m’a renvoyée au plus profond de moi-même.
J’ai l’impression d’être passée  à travers de nombreuses et différentes expressions spirituelles. En ce sens, je trouve que le chamanisme est très riche, parce que c’est une expérience directe. A travers des cérémonies, vous obtenez quelque chose de ce que vous ressentez.
De toute façon, je trouve que toute la vie est spiritualité, tout est spirituel, tout est le grand mystère et rien ne peut être exclu. Même votre machine à laver et votre réfrigérateur sont spirituels. Tout ça !
Les gens ont besoin de trouver ce qu’il y a de plus profond en eux.
C’est ça mon approche, toujours renvoyer la personne à elle-même.
Le cœur est un grand univers !

Pouvez-vous brièvement  résumer votre enseignement ?

Ouvre ton esprit, laisse tomber tes vices, tes préjugés et tes projections, et les jugements que tu portes sans cesse sur toi-même.
Apprend à t’aimer pour aller au fond de ton cœur, apprend la grande leçon.
Je disais hier que l’amour est un grand enseignement, très exigeant, pas du tout cosy, parce que ça demande de comprendre que tout est à l’intérieur de toi, que rien n’est exclu. Que tu l’aimes ou pas, que tu sois d’accord ou pas, que tu le vois ou pas, tout ce qui est dans le ciel et dans l’espace est aussi dans ton cœur.
Et tu dois tout accepter dans l’amour, et surtout pas dans l’idéologie.
C’est très prenant, mais merveilleux. C’est un apprentissage fantastique qui vient de soi. J’appelle ça l’alchimie du cœur et de l’esprit.
Tout ce qui vous divise demande beaucoup d’introspection.
Transporte ton esprit dans ton cœur et laisse cette alchimie se créer de façon à ce que tu ne puisses plus séparer ton esprit de ton cœur et ton cœur de ton esprit.
C’est tout ! Mais ça peut être un long voyage. Cela dépend de chaque personne, des circonstances, selon le grand mystère.
Quelle est la combinaison ? Personne ne le sait.
C’est magnifique ! C’est énorme ! C’est de la « bombe » ! (nous dit elle en riant).


Chacun d’entre nous peut  effectuer un retour sur lui-même.
Je pense que le maître ou enseignant n’est pas là pour être adulé et pour entendre
« Ah ! Vous êtes si grand et je suis si petit. Peut être qu’un jour j’arriverai à votre niveau ». Je n’aime pas ça du tout et j’aime encore moins la prétention que l’on peut retirer de ce genre de discours.
Je sens qu’il est grand temps que les enseignants arrivent à renvoyer leurs disciples à eux-mêmes, à leurs propres pouvoirs, à leur propre stabilité, à leur propre intégrité.
Ce que je vous dis est primordial, ce n’est pas anodin ; toujours renvoyer la personne à elle-même, jamais à moi, c’est très important pour moi !

Depuis plusieurs années vous vivez en Inde dans l’ashram de Sacha Dham, environ six mois par an. Pouvez-vous nous dire quel est votre rôle ici ?

J’ai l’impression d’être un pilier, un facteur stabilisant.
J’ai été la première occidentale à venir ici. En fait, Maharajji avait deux autres occidentaux mais ils ne sont pas restés. Ils venaient en visite, aimaient Maharajji, mais ils sont repartis et moi je suis restée. Ma présence à fait venir d’autres occidentaux. Je ne veux pas dire qu’ils ne seraient pas venus, mais peut être ai-je été une ouverture, une passerelle pour eux. Ils étaient habitués à moi et moi j’étais habituée à l’ashram. Et c’était très important pour mon maître que cet ashram reste traditionnel. Donc, quand les occidentaux sont arrivés, j’ai dû les initier au fonctionnement de l’ashram. Car ici, il y a beaucoup de swami qui font vœux de chasteté,  et il y avait des femmes ravissantes qui arrivaient. Il a vraiment fallu leur montrer comment se comporter.
Mon Guru et moi sommes très proches. Il m’a donné le terrain dans l’ashram, afin que je construise cette maison (maison où nous sommes reçues). Au début, je ne voulais pas, mais il a insisté. Notre relation est très « ilation ». Savez-vous ce que veut dire « ilation » ? Ça veut dire beaucoup de joie et de relations, ça veut dire être relié dans la joie.
Je suis un facteur de stabilité et un passage pour les occidentaux. Je suis quelqu’un de fort et je n’aime pas tourner autour du pot. Et je pense qu’il était nécessaire pour cet ashram d’avoir une sorte de facteur stabilisant.

Le reste de l’année vous voyagez à travers le monde. Où allez-vous et quel est votre objectif ?

Merci de me poser cette question…
Je vais en Australie, j’ai des étudiants en Afrique (Côte d’Ivoire), partout en Europe, dans certaines parties des Etats-Unis, en Inde, en Nouvelle-Zélande. J’ai une fondation qui finance ces voyages, mais je n’y vais que si je suis invitée, je n’y vais jamais si je ne le suis pas.
Si une personne veut m’inviter, elle rassemble les gens et je leur parle de leurs responsabilités, du pouvoir de l’amour qui est en eux. Quelquefois, j’enseigne aussi la pratique de cérémonies venant des Quéros du Pérou ou des Lakotas des Etats- Unis, mais je le fais de façon très respectueuse. En fait, ça recoupe différentes influences, différentes tendances. Je ne cherche pas à être un quéro ou un lakota, je suis juste moi-même. J’ai eu l’opportunité de pénétrer ces espaces et de pratiquer différentes cérémonies. C’est ce que je fais ! En fait, Dieu seul sait ce que je fais ! (nous dit-elle dans un éclat de rire).
Je suis avec les gens, nous prions ensemble, nous pratiquons des rituels, pour le monde, pour les autres, et parfois pour nos familles.

D’après vous, que viennent chercher vos disciples, qu’attendent-ils de vous?

Je sens qu’ils viennent ici pour être inspirés, soutenus et aidés.
Ils viennent me voir parce que nous avons une merveilleuse relation, et tous ceux qui s’entendent bien veulent se voir.
C’est vrai que notre relation est merveilleuse et je sens qu’ils ont aussi besoin d’être encouragés. Peut-être n’arrivent-ils pas à avoir ce genre de relation dans leur quotidien ? Ils n’ont sans doute pas cette facilité de communication dans leur vie, excepté avec eux-mêmes.
Ils ont également de bons amis ici et aiment se retrouver entre eux.
Chez mes étudiants, il y a toutes sortes de courants. Il y a ceux qui viennent du Zen (reliés à la tradition Zen), des indo-américains, des chrétiens, des musulmans, des juifs, des hindous. Ce n’est pas un chemin exclusif. Tout le monde peut venir ici et, fondamentalement,  toutes les religions parlent de ce dont nous parlons ici. Mais nous allons plus profondément, au sens cosmique. Et je pense que les gens aiment vraiment beaucoup ça et sont avides de ça.
Donc, ils viennent pour avoir cela, et je prie pour qu’ils l’obtiennent.
La plupart de mes élèves restent avec moi de nombreuses années. Certains sont avec moi depuis plus de 15 ans et je vois la différence, chacun voit la différence. Je prie toujours pour que ça leur fasse du bien.
 Ils font le travail et je suis peut être une lueur d’inspiration.  Mais leur propre travail et leur propre spiritualité sont essentiels.
J’aime les disciples mûrs. Certains le sont, d’autres moins, mais on ne doit pas faire de comparaison.

Au-delà de la richesse que peuvent apporter ces échanges humains, qu’est-ce que cela vous procure personnellement ?

Ça me donne l’opportunité et le privilège de servir, ce qui est énorme.
Si je devais résumer en une phrase, je dirais que c’est, en ce sens, une spirale infinie, et que je suis chaque jour reconnaissante pour tout cela. Ce ne sont pas des paroles en l’air, je le pense très sincèrement, au plus profond de mon être. (Elle cesse de parler afin de contenir pudiquement son émotion).


Quelle démarche entreprend une personne qui souhaite devenir votre disciple ?

Oh ! Je ne sais vraiment pas.
Chaque individu a sa propre « résonnance du cœur », c’est pour ça qu’il y a différents maîtres et différents chemins pour y arriver.
Lorsqu’une personne vient me voir et veut rester, c’est bien sûr parce qu’il y a une attirance entre nous. Nous parlons le même langage, nous nous comprenons, nous avons  les mêmes objectifs, mais il y a en plus quelque chose qui nous secoue, qui nous ébranle, et qui fait que nous restons ensemble. Peut-être comme la lune est attachée au soleil. C’est un mystère !
En ce qui me concerne, lorsque je parle de mon maître, les gens me demandent toujours « mais comment l’avez-vous trouvé ? Vous aux Etats-Unis et lui en Inde, vous étiez si loin l’un de l’autre ». Alors je réponds : c’est comme l’aimant et le fer, c’est un mystère. Il y a des choses qui restent inexpliquées, il y a des choses en spiritualité que l’on ne comprendra jamais.
Il faut rester ouvert et cesser de tout mettre dans une petite boite. Ça permet d’aller au-delà de la compréhension.

Vous vivez de dons. Est-ce que cela vous permet aussi de mener à bien des missions caritatives ou humanitaires ?

Oui, beaucoup !
Nous avons une fondation avec laquelle nous faisons énormément de choses. D’ailleurs, l’argent perçu est le plus souvent immédiatement redistribué. Ce sont généralement de petites sommes qui vont à des gens dans le besoin.
Il y a eu par exemple un homme qui n’avait plus de jambes et qui avait besoin d’être appareillé ; un autre qui avait besoin de 1000 roupies pour ses médicaments ; et plus récemment une personne qui ne pouvait pas financer son intervention rénale.
Il y a aussi des projets de plus grande envergure. Actuellement, nous aidons des familles très pauvres à construire leur maison.
Nous n’avons pas de projets définis. Ça arrive en fonction des demandes.
Des gens viennent frapper à ma porte, ils ont des besoins et je les envoie à Rishikesh à la fondation. Il y a des personnes plus compétentes qui s’occupent de ça, et c’est très bien. Il faut rester soi-même, j’aime ça, mais je suis déjà tellement occupée…
Les choses se font naturellement.

Enfin, si vous aviez un message à faire passer à toutes les femmes du monde, quel serait-il ?

Je voudrais dire que nous sommes les mères de tout le monde.
Personne n’est né sans une mère. Et nous avons les qualités de la féminité.
La face de toute chose est féminine, parce que tout se transforme en énergie et que l’énergie est la qualité des femmes.
Les femmes sont par essence merveilleuses, aimantes, gentilles et douces. Et il est temps qu’il y ait plus de féminité dans le monde.
La lune est à nouveau entrain de se déplacer dans un endroit de pouvoir parce qu’il y a trop de testostérone. Et comme disent les Kogies (Tribu colombienne) « Trop de testostérone c’est dangereux pour le monde. Il faut qu’il y ait plus de féminité ! ».
C’est merveilleux qu’ils disent ça. Mais va-t-on oser aller dans ce sens ?
Je pense pour ma part que ce devrait être un mouvement naturel, car les qualités féminines sont vraiment nécessaires pour notre planète maintenant. C’est primordial et chacun, homme et femme,  doit en être conscient. Nous ne sommes pas opposés, nous sommes complémentaires, comme la lune et le soleil.

Comme je le dis à mes étudiants, et je voudrais envoyer ce message à tout le monde, hommes et femmes : « il faut arrêter de se dénigrer, ne pas avoir peur d’aller voir se qu’il y au fond de son cœur, s’accepter totalement et s’aimer».
Et je prie pour que quelque chose se produise enfin !

                                                                                        Propos recueillis par Sylvie Arnaud (février 2009)
 

L’interview ayant été réalisée en américain, nous avons essayé de retranscrire le plus fidèlement possible les propos de ShantiMayi. Nous remercions Françoise (Guruprya), et Virginie (Uma) pour leur aide précieuse.

 
Ashram : Lieu de retraite ou communauté spirituelle

Guru (se dit gourou) : Maître religieux ; vient du sanskrit goe(obscurité) et roe(dissiper)

Satsang : discours d’un gourou ou d’un swami

Swami : titre de respect accordé aux moines ou moniales hindous initiés(ées) ; signifie « seigneur de soi ».
 

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